12 juin 2016

Mon chemin vers l'éducation bienveillante.



La question de l'éducation bienveillante/positive fait débat au sein de la blogosphère et de la sphère parentale. D'ailleurs, cela fait aussi débat chez les non-parents chez qui le fait de ne pas avoir d'enfant n'empêche pas d'avoir un avis sur la question et de le donner de surcroît.
Les "non-bienveillants" se sentent dénigrés par les "bienveillants" qui se sentent investis d'une mission divine. Ce billet n'a pas pour but d'engendrer des réactions anti ou pro mais de vous expliquer MON expérience. Pourquoi j'ai choisi de m'engager dans cette voie. Je ne dis pas qu'il faut faire comme çi ou comme ça, je dis ce qu'il ME CONVIENT à moi. Je ne juge pas ceux et celles qui ne font pas comme moi. Je suis juste triste pour leurs enfants qui certes, seront probablement "en vie" mais pas forcément heureux. Pour autant, je ne me sens pas SUPÉRIEURE à eux, j'explique juste mon cheminement d'ancienne enfant à la mère que je suis devenue.

Moi, ex-petite fille

J'ai connu les fessées parfois déculottées, j'ai connu les gifles (appelons ça des tartes dans la gueule), j'ai connu les humiliations, les dés-encouragements, les "tu sais rien faire", "t'es bonne à rien", "t'as encore grossi"...Alors, certes, je n'en suis pas morte mais être vivante ne signifie pas être bien pour autant. Le but de l'éducation parentale serait donc là: avoir un enfant en vie et qui dit merci. Pas un enfant qui va bien, qui se sent bien, qui parle de ses soucis à ses parents car il sait qu'ils seront toujours là pour lui, car ils l'aiment peu importe ce qu'il fasse ou devienne. Non, l'éducation parentale aurait pour but d'éduquer un enfant comme on dresse un chien. Dis merci/bonjour/au revoir, sois calme, ne bouge pas, ne crie pas sinon tu t'en prends une.
Le fait que les médias parlent régulièrement de cette éducation alternative m'a permis de comprendre que certaines de mes faiblesses, mes propres comportements et réactions s'expliquaient par mon éducation et mon passé en tant qu'enfant. L'éducation bienveillante oblige les parents à se remettre eux-mêmes en question, à plonger dans leur enfance parfois douloureuse, à faire un travail sur soi, à se demander pourquoi on a envie de mettre une tarte dans la tête de l'être qui nous est le plus cher. C'est sans doute pour cela que certains dénigrent cette "mode", pour ne pas avoir à se poser trop de question, à remuer le passé. Une sorte de mécanisme de protection j'imagine.


Les premiers temps avec bébé

Je ne m'étais jamais posé de questions sur la façon d'élever Junior avant qu'il ne devienne un petit être avec son propre caractère. Vers ses 8 mois donc. Une amie devenue mère 6 mois avant moi a été la première à me parler de "maternage" et de "bienveillance", sans grand écho chez moi dans un premier temps.
Je n'ai jamais laissé pleurer mon fils dans son lit (sauf une poignée de fois où c'était pleurs dans le lit ou le lancer par la fenêtre). Je n'ai pas eu besoin de livres ou de pédopsychiatres pour comprendre qu'un si petit être n'avait pas à être abandonner à ses pleurs. Il faut dire aussi que j'ai eu la chance de ne pas avoir de belle-mère parasite me disant "ça lui fait les poumons" (bon...en vrai elle me l'a dit mais au téléphone) ou "laisse-le donc il va se calmer tout seul". J'ai pu écouter mon cœur de mère et répondre aux pleurs de mon fils comme bon me semblait c'est-à-dire en l'apaisant dans mes bras, en le mettant au sein, en lui faisant faire la sieste sur moi, en l'endormant dans mes bras...
Petit à petit, Junior a fait ses nuits pour arriver vers 3 mois à faire nos nuits (plus de 6 h de sommeil d'affilée). Donc ceux qui disent aux parents qu'endormir son enfant dans les bras c'est le mal et qu'il vaut mieux le laisser s'habituer à s'endormir seul en pleurant toutes les larmes de son corps, je vous conchie. 
Quand Junior a commencé à ramper, à toucher tout ce qu'il pouvait, à goûter tout ce qu'il touchait, j'ai commencé à me demander comment lui faire comprendre les interdits sans déclencher de crises de pleurs, sans le "traumatiser", poser les limites en douceur pour ne pas le braquer et l'enfermer dans son opposition. J'ai lu Isabelle Filliozat. Beaucoup! Puis Gordon et maintenant Guéguen. 
Grâce à ces lectures, à mes recherches, aux conférences auxquelles j'ai assisté, à certaines émissions comme Les Maternelles, j'ai découvert que l'éducation que j'avais connue, celle qui m'a été donnée par mes parents, n'était probablement pas la "bonne". 

Ma bienveillance à moi

Moi aussi je veux que mon fils soit poli mais je ne veux pas qu'il dise "merci" parce qu'il a peur des conséquences mais parce qu'il a compris pourquoi il était important de le dire, que ça fait plaisir aux autres et qu'il apprécie cela. Je veux qu'il soit à l'écoute de ses émotions mais également qu'il soit empathique. Je pense qu'une personne à l'écoute de ses émotions s'infligera forcément moins de choses désagréables que ce soit dans la vie professionnelle ou amoureuse par exemple. Une personne à l'écoute des autres sera forcément plus avenante, plus sociable, aura plus d'amis et au final sera probablement plus heureux.
Je veux que mon fils respecte les interdits parce qu'il aura compris qu'il y a une limite. Je parle de limites car oui, la bienveillance ce n'est pas laisser tout faire à son enfant. C'est l'éduquer autrement. L'éduquer avec d'autres principes que ceux avec lesquels nous avons été éduqués. L'éduquer pour l'élever et non pour le dresser

Je veux aussi relativiser. Je suis sur le chemin de la bienveillance ce qui ne veut pas dire que je sais rester zen en toutes circonstances et que je n'ai jamais envie de balancer Junior par-dessus le balcon à peu près tous les soirs. Je gueule souvent; je pleure parfois quand, malgré toutes mes explications et les répétitions, Junior brave un interdit sans même se poser de question; je doute sur l'efficacité de la méthode mais en même temps je ne connais que trop le résultat de l'éducation "classique" ou celle "autoritaire".
Pour moi être bienveillante c'est avant tout beaucoup de pédagogie et d'explications à répétition dans l'espoir qu'n jour ça fasse "tilt" dans sa petite tête (ce qui arrive d'ailleurs déjà souvent). Ce n'est pas le laisser faire tout ce qu'il veut, c'est de lui annoncer des règles sans le menacer ni le frapper. Je ne suis pas une mère parfaite, je ne suis pas la mère que je rêve d'être (la mère calme en toutes circonstances) mais je sais que je fais déjà beaucoup plus que d'autres à savoir: me poser des questions et me remettre en question.

Bienveillante toi-même!

Ce que j'aimerais aussi c'est que nous soyons plus bienveillants et indulgents entre parents. Un parent, "bienveillant" ou non, est parfois au bout du rouleau parce qu'il a d'autres soucis à ce moment précis et qu'il peut se montrer violent face à son enfant physiquement et/ou verbalement. Ce parent n'a pas besoin de regards désapprobateurs. Tout comme celui qui lutte pour garder son calme face à une crise en plein supermarché. Ils ont tout deux plutôt besoin d'aide. Un "ce n'est pas facile tous les jours" sera d'un plus grand secours qu'un "ah bah dis donc, quel colérique ce petit!".
J'aimerais que les parents arrêtent de se juger mutuellement et se filent plutôt un petit coup de main. Il paraît qu'il faut tout un village pour élever un enfant. A l'heure de la famille mono-parentale, un peu de bienveillance ne peut pas faire de mal.


Tu te poses autant de questions concernant ton éducation toi?


6 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé cet article merci de me faire poser toutes ces questions de bon matin ! De mes parents j'ai reçu une éducation classique (avec fessées parfois - jamais de gifle) mais sur laquelle je ne porte pas un regard aussi dur : j'en suis sortie plus que vivante, avec une belle confiance en moi notamment. Mon mari comme beaucoup d'allemands de son âge a reçu une éducation qu'on appelait à l'époque en Allemagne "anti-autoritaire". Et il n'est pas pour autant un modèle de bien être psychologique. Bref c'est compliqué tout ça... Cela dit moi aussi j'adhère aujourd'hui aux thèses de l'éducation bienveillante. Et une des raisons pour laquelle j'y adhère est justement que je l'ai pratiquée sur mon chien ! ;) Je voudrais écrire un article là dessus sur DMT ou SNT un jour, j'ai éduqué mon chien avec une méthode très respectueuse qui est tout sauf du dressage et marche incroyablement bien (sans aucune contrainte physique et dans le respect des capacités de l'animal notamment). Et qui étonnement ou pas ressemble beaucoup à ce qu'on appelle la bienveillance pour nos enfants dans ses principes. Donc en conclusion je suis d'accord avec toi sauf que un point : on peut justement éduquer son enfant comme un chien (à quelques détails près bien entendu) :) .

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  2. Ça me parle d’une force ce que tu écris !!! moi aussi j’aimerai être cette maman bienveillante qui parle au lieu de crier, qui comprend et explique à ses enfants en toutes circonstances.. mais c’est loin d’être facile. C’est presque une remise en question permanente, à chaque fois que je leur crie dessus, il y a une petite voix en moi qui dit « c’est n’importe quoi ce que tu fais « je n’ai même pas besoin du jugement des autres, je m’autocritique toute seule !! bon heureusement, il y a des moments où j’arrive à parler avec eux, à leur expliquer le pourquoi, et heureusement, je vois que certaines choses portent leurs fruits. Quand je vois ma fille (9 ans) au petit déj en vacances avec ses cousines, leur demander si elles veulent le dernier gâteau, avant de le prendre pour elle, sans que je sois obligée de lui dire de le faire avant, je me dis qu’elle a compris certains concepts de politesse et de partage.. ouf ! mais c’est pas facile tous les jours !! c’est marrant comme parfois les billets se répondent, j’en ai un qui sera publié demain, qui dit plutôt que c’est dur, d’appréhender certains côtés éducatifs, quand on voit tout ce que nos enfants occidentaux ont.. et ce week end, j’étais juste dépassée et découragée, car cette fois, ils y mettaient de la mauvaise volonté ! par facile d’être (de bons) parents..

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  3. Merci pour cet article ^^
    Comme Die Franzoesin, j'ai connu une éducation plutôt dite classique, avec même parfois des erreurs d'appréciation de la part de mes parents qui ont façonnées la personnes pas toujours très confiante que je suis. Mais je ne leur en veux pas, j'estime qu'ils ont fait de leur mieux et que j'ai eu une enfance largement plus heureuse que beaucoup.
    Mais, j'espère aussi pouvoir faire avec plus de bienveillance envers FeuFolet, son petit frère à venir et les autres (ben oui, on sait qu'on en veut encore au moins un), les guider pour en faire des enfants épanouies, pas trop se planter, même si parfois il y aura des cris (il y en a déjà) et quelques petites tapes/rattrapages un peu vif ...

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  4. Ouh là là... Tu t'aventures sur un terrain dangereux (petite casse-cou, va!). Alors moi je l'avoue : Je suis pro-fessée et pro punition... Oui c'est vrai (n'appelle pas la DASS). Et portant je me considère comme quelqu'un de bienveillant. Je m'explique. Je prends toujours grand soin de mettre en valeur ma Bébou. De lui dire qu'elle peut faire les choses. De la valoriser lorsqu'elle les fait bien. J'ai même peur de trop en faire surtout lorsqu'elle me dit "j'suis trop fowte, moi!) à chaque fois qu'elle fini un puzzle. Pour le reste (je parle des punitions et de la fessée (jamais de claque ni de choses "douloureuses") j'explique tout à ma fille les raisons des interdits, le pourquoi du comment et tout et tout et ce qui arrivera en cas de transgression. C'est presque toujours pareil. Petit 1 : rappel à l'ordre. Petit deux : rappel à l'ordre et rappel de la punition à venir. Petit trois: Punition (C'est variable mais la plupart du temps c'est un passage au coin, pour se calmer et réfléchir à ses actes et à leurs conséquences). Petit quatre : fessée (ou tape sur la main). Rien de très fort. C'est juste pour mettre un stop au "je teste pour voir jusqu'où je peux aller". Je ne dis pas que c'est LA solution c'est juste la mienne (et celle de chéri-chéri) et je ne pense pas que je mettes l'équilibre psychique de ma fille en danger. J'ai moi-même eu une éducation assez classique (relativement similaire d'ailleurs) et j'en suis très contente. J'me trouve même plutôt bien dans mes baskets comme fille.

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    1. Ouh le long commentaire... Désolée^^... Enfin c'est toi aussi... Tu lances des débats là comme ça... Ah et euh... J'ai oublié de dire : Moi aussi je me questionne très souvent dans mon rôle de parent. Je réévalue toujours, en fonction des situation, de l'évolution de Bébou, de notre état d'esprit et d'un tas d'autres paramètres.

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  5. Je m'interroge aussi (enfin, aussi, je sais pas, tu m'as l'air relativement au clair avec toi-même) sur mon éducation, et son degré de bienveillance. Je suis pro-éducation bienveillante, ça, évidemment, depuis que j'ai découvert que ça existait. Je suis aussi pro feeling et pro "j'écoute mes propres émotions". Et je crois que j'avais pas spécialement mesuré que tout ça pouvait ne pas aller ensemble.

    Quand ma fille hurle parce qu'elle veut un truc que je ne suis pas en mesure de lui donner, l'éducation voudrait que je lui explique le pourquoi du comment de ma décision de ne pas lui donner ce truc et qu'on cherche ensemble une solution. Mais c'est pas du tout ce que j'ai envie de faire, alors que je suis stressée et énervée par ces choses que j'ai à faire et cette enfant qui crie dans mes oreilles. Et de fait, je le fais pas. Je ne laisse pas non plus cours à mes pulsions qui voudraient la faire taire par la force (évidemment). Mais ma réaction est toujours plus autoritaire que compréhensive (du moins, au bout d'un moment).

    Je ne frappe pas, je ne punis pas, parce que pour moi c'est contre-productif (et violent et tyrannique). Effectivement (sauf si je suis de base extrêmement stressée), je tente toujours une phase de dialogue et j'essaie d'arranger les choses de façon pacifique, dans un premier temps. Mais est-ce que ça suffit pour que je me dise bienveillante ? Je ne pense pas. Il m'arrive de crier, il m'arrive de repousser fermement, il m'arrive (et en ce moment, avec le terrible two, de plus en plus souvent) de laisser pleurer/hurler jusqu'à ce que ça se calme (ou que je me calme moi).

    Du coup, je ne sais pas ce que je suis (ça craint). Je ne sais même pas au fond si je fais de mon mieux. Je fais comme ça vient. Je sais pas si c'est bien, je ne sais pas ce que ma fille retiendra de cette éducation.

    Il ne me semble pas qu'elle ait peur de moi ou qu'elle me tienne rigueur de mes "abandons". Pour l'instant elle est petite, ça ne veut sans doute rien dire. Mais au fond, je crois que c'est surtout à ça ce à quoi il faut arriver. A mener sa barque à travers vents et marées et à déposer son équipage sain de corps et d'esprit à bon port. Comme tu dis, "ne pas en être mort" ne suffit pas. Par contre, je dirais qu'être équilibré, heureux et pas "rancuniers" (perso, j'en veux encore à mes parents pour certains coups ou punitions, même s'ils n'étaient pas maltraitants), peu importe comment ça s'est fait, c'est déjà pas mal.

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