22 févr. 2016

Je veux vivre à Pariiiiiiis!

Quand les clichés d'une Provinciale volent en éclats ou quand Elo découvre la vie à Paris...


Un jour un ami m'invite chez lui pour passer quelques jours. Il habite à Paris. Paris est une minuscule contrée délimitée par un boulevard périphérique surchargé et scindée en deux par un cours d'eau aussi limpide qu'un réservoir sanitaire de camping-car à la fin de l'été. Paris est une petite enclave en plein milieu de la Province et, autant vous dire la vérité, pour nous autres Provinciaux, c'est une planète à part.
Je me rends donc en territoire francilien (ça veut dire en Île-de-France), à la fois excitée et inquiète. Emmitouflée dans mes idées reçues et mes préjugés, je me suis confrontée à la réalité d'une autre vie. Parfois loufoque, souvent épique, mais surtout débordant d'humanité, mon séjour m'a touchée au cœur. Morceaux choisis de mon rendez-vous en terre inconnue.

Je me suis adaptée au décalage horaire

J'avais anticipé qu'il serait facile de trouver des cigarettes à 23h, ou des aspirines en pleine nuit. J'ai donc débarqué chez mon ami avec le strict minimum: une bombe lacrymo et un casque de papier alu pour me protéger des ondes wifi. Ignorant à quelles activités l'autochtone s'adonnait, j'ai également emporté mon poids en littérature de vacances, soit toute la collection des "Charlotte a un nouvel amoureux" et l'intégralité des "Kate et William au ski". Au début, j'ai lutté un peu. "Les magasins restent vraiment ouverts entre midi et deux?!!", "Si on va au Monop' après 18h on aura quand même une baguette de pain?!!!", "C'est normal que le lundi ressemble à un lendemain d'accident nucléaire, tous les êtres humains se réfugient dans les couloirs du métro?!!".
Et puis j'ai compris. Paris n'est tout simplement pas sur le même créneau horaire que la Province. Une fois qu'on a réglé son horloge interne sur le tic-tac local, tout va mieux. J'ai accéléré ma trotteuse paresseuse, celle qui est toujours à la ramasse, celle qui s'arrête en permanence, et donc mouligasse à souhait. Et j'ai fait un truc de fou. Je me suis mise à stresser et à courir partout! Manger sur le pouce entre deux réunions, envoyer des smileys plutôt que du texte, travailler dans le métro, toujours essayer d'aller plus vite. J'en ai même oublié de fumer.


Je me suis convertie à la monnaie locale

L'euro parisien n'est pas exactement le même que l'euro provincial, et le taux de change est parfois surprenant. Alors quand on m'a servi pour la première fois un café à plus de 5€, je me suis méfiée. J'ai pensé que le barman se foutait ouvertement de ma gueule et pensait pouvoir faire passer un nescafé instantané pour un café moulu. Je l'ai goûté du bout des lèvres, l'air circonspect, prête à crier au scandale, à l'arnaque qualifiée. Mais Ariel, le patron du bar, m'a donné une grande tape dans le dos en me disant: "Alors le cul terreux, c'est ta première fois à la ville?!" Le café d'Ariel était dégueulasse mais j'ai fermé ma gueule et l'ai gratifié d'un "ça c'est un café!". Ça lui a tellement plu que je l'admette qu'il m'en a gentiment proposé d'en prendre un autre ou de libérer la place afin de découvrir le reste du quartier. Je me suis quand même demandé s'il ne cherchait pas à m'embrouiller, avant de baisser ma garde et de convenir qu'au "Red Lounge Bar" on compte mieux les euros que les copains.
Pour le prix d'un manoir en Province, je peux quasiment m'acheter une chambre de bonne sous les toits ici, les wc sur le palier en prime. Des loyers jusqu'au steak haché, il y a clairement deux économies de marché. Depuis que je suis venue voir mon pote dans sa ville, un doute m'habite. Je me demande si on ne serait pas en train de se faire copieusement avoir en Province.

J'ai embrassé les coutumes régionales

Dans la même journée je me suis vu traîner aux puces de St-Ouen (comprendre un vide-grenier), à un vernissage d'art alternatif et à une foire aux Mojitos...L'erreur a été de commencer par les mojitos. C'était urbain, select, et surtout, c'était un vrai piège. Des "avec la menthe du jardin", des "glaçons à l'eau de Seine pasteurisée", des "goûtez-moi ce petit miracle" et autre "c'est le cœur de toute la ville qui bat au fond de ce verre". A 11h25 du matin je quittais la foire, des caisses de mojitos à ras bord dans mon coffre de voiture et des arcs-en-ciel plein les yeux. Le cerveau largement irrigué de joie et de rhum, je suis allée dépenser mes derniers deniers aux puces du quartier voisin.
Dans un quartier du mauvais côté du périph tout à la fois cour des miracles, aire de jeux pour enfants de bobos et lieu de réunion des touristes asiatiques, quelques brocanteurs avaient étalé des objets divers et variés. Des tapis usés jusqu'à la corde, des lampes de designers valant un rein, des cassettes VHS relatant les exploits des Nuls...C'était toute la vie d'une ville qui était étalée là, à nos pieds. Un homme accompagné de son chichuahua "François" (ça ne s'invente pas) m'a convaincue d'acheter une lampe pipistrello de 1965. Oui, je sais...j'ai prévenu que l'erreur avait été de commencer par la foire aux mojitos!
Le vernissage fut à la hauteur de toute cette journée. Une farandole sourires crispés et de regards échangés entre deux notifications! J'ai tout de même réussi à m'incruster dans une soirée échangiste par l'artiste du vernissage accompagnée d'un couple d'homos rencontré dans le Marais.

Je me suis fait de nouveaux amis

Les amis d'Ariel, les amis échangistes, les amis des mojitos mais pas seulement. Parce que j'avais grand soif après une balade sur la butte Montmartre, je suis allée frapper chez Arsène et Garance pour quémander un peu d'eau. Deux heures et 76 "anecdotes sur la Province" plus tard, j'étais vissée dans le fauteuil scandinave chic (comprendre à motifs géométriques) près de la cheminée  à éthanol, le chat Pichapo sur les genoux et une dernière "detox water à Garance" dans un verre. Ils m'ont présenté leur "enfant", leur appartement haussmannien qui compte plus de 8513 followers sur instagram. J'ai eu l'étrange impression de faire partie de cette famille depuis toujours, et comme dans le "Petit Prince", que nous nous étions apprivoisés.
Comme la nuit tombait et que j'étais fatiguée, j'ai fait un truc complètement vintage. J'ai commandé un taxi bleu! La voiture est arrivée, j'ai rencontré Bernard. Ancien kiosquier du quai St Michel, désormais baladeur de touristes et syndicaliste à ses heures perdues, Bernard restera le pire taxi de ma vie. En 7 kilomètres et demi, toutes les dessous de l'affaire Uber m'ont été révélées, en insultes et embouteillages, s'il vous plaît! J'ai promis de revenir en été, apparemment il y a une sorte de bac à sable géant installé au mois d'août par la Mairie qui ne se raconte pas mais mérite qu'on traverse la moitié de la France pour en faire l'expérience. Je repars en chialant. Vraiment. Avec de vraies larmes, comme quand on a 15 ans et qu'on doit quitter notre amoureux de vacances, celui qu'on a embrassé le dernier soir à la boum de fin de primaire... Ouiiiiiiiiin! Moi aussi, je veux vivre à Paris!!!



Texte original de Mélody Vilbert.
Version personnelle d'un point de vue "provincial" en italique.
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En fait, cette semaine j'ai réitéré mon erreur, j'ai acheté des magazines dont Biba du mois de Mars. Dans ce magazine je découvre un article intitulé "Je veux vivre en Proviiiiiiince!" écrit par Mélody Vilbert. Sous couvert de "clichés qui volent en éclats", l'auteur nous décrit une vie campagnarde loin du quotidien de la majorité des "provinciaux". D'ailleurs qu'est-ce qu'un "provincial"? La langue française a un mot pour désigner les Français ne vivant pas à Paris (une grande majorité donc), étrange non?
Peut-on mettre tous les provinciaux dans le même panier? Peut-on mettre tous les Parisiens dans le même panier? Peut-on mettre tous les Français dans le même panier? Pour moi, c'est évident que non. A Paris il n'y a pas que des trentenaires cadres sup dans une start-up digitale vivant dans un deux pièces haussmannien. De même, à Lille, il n'y a pas que des humoristes à oreilles décollées. A Marseille, il n'y a pas que des dealers en jogging bleu et blanc. A Biarritz il n'y a pas que des surfeurs sexy. A Montpellier, il n'y a pas que de jeunes étudiants en Erasmus. A Millau, il n'y a pas que des activistes écolo à moustache. A Lyon, il n'y a pas que d'anciens CSP+ parisiens qui en ont eu marre des retards de la RATP. A Trouffillon-les-Oies, il n'y a pas que des octogénaires attendant sagement l'arrivée de l'ADSL et/ou de la faucheuse. Il y a des sales cons et des gens bienveillants partout, des "teufeurs" et des pantouflards partout. Des gens modernes et des réacs partout.
J'aimerais que ce genre de discours condescendants n'existent plus, dans un sens comme dans l'autre. La Province ce n'est pas la "campagne profonde" et "wifi hors de portée". Ami Parisien, c'est peut-être l'image que tu en as car toi quand tu visites les destinations exotiques comme la Grande-Motte, Chamonix, Arcachon ou Trifouillon-les-Oies, tu es en VACANCES. C'est comme associé l'Espagne au farniente, réduisant tout un pays à une plage bondée de touristes. Crois-le ou non, en Province, on travaille aussi.

8 commentaires:

  1. Tu vois là, ben je fais la ola dans mon salon. Seule oui mais quand même...
    Cette Melody (prénom de chiottes (ouais je suis véner')), ne fais que renforcer là le cliché de la (insérer un gros mot réducteur ici) parisienne, alors que ce n'est pas du tout ce qu'elle voulait faire, je crois.
    En fait vaut mieux lire Voici, c'est peut-être même moins con que ce genre d'article, c'est dire.

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    1. Mais c'est ça le pire, la nana veut éviter de passer pour "la" Parisienne....et se ridiculise toute seule dans ses préjugés...
      Faut que j'arrête la presse hein? Je peux garder Popi quand même? ^^

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  2. Tu as oublié de préciser que dans le Sud Est il n´y a pas QUE des cagoles futures Jennifer ou Loana :) . D´ailleurs ms parents ne passent pas leur journée à boire du pastis sur leur terrasse ensoleillée, bizarre ;) .
    Bon après pour relativiser un peu bien sur qu´il y a des différences entre Paris et d´autres villes, comme il y en a entre Dijon et Nice cependant...
    Non mais franchement en fait la vraie question c´est : pourquoi tu achètes encore ces magasines ?

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    1. Non il n'y a pas que des poufiasses vulgaires en PACA! Je confirme. Il y a aussi des Kékés ^^
      Oui Paris est une ville différente à Bordeaux, Marseille ou Saint-Chély-D'Apcher...mais à la lire, et à écouter les préjugés en général, le mode de vie "parisien" (en tout cas le mode de vie "idéalisé") serait mieux que les autres. Bah non! Moi je ne rêve pas de vivre à Paris, encore moins à Londres ou New York (que j'ai visitées, eh ouais je sors de ma cambrousse des fois). Je trouve que la vie hyper citadine a plus d'inconvénient que d'avantages mais chacun ses choix!
      Enfin, t'as raison..je vais me contenter de Popi ce mois-ci ^^

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  3. C'est bien parce que Paris est une ville tellement à part qu'on l'adore !

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    1. Mais j'adoooore Paris...mais je peux pas en dire autant des parisiens "bornés" ^^

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  4. J'ai adoré ton texte, et essayer de retrouver le texte de départ en dessous. Sauf que le tien est super drôle, alors que (même s'il est sûrement écrit dans un but humoristique) on devine bien toute la condescendance de l'article initial... Il m'aurait agacée aussi (non, je n'ai pas d'humour).

    (ce qui est quand même le plus con, c'est la petite phrase "quand les clichés volent en éclats"... euh, si c'est pas un ramassis de clichés, ce texte, c'est quoi, au juste ?)

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    1. J'ai hésité à mettre le texte original mais je me suis dit que c'était peut-être pas très légal...déjà que je suis pas sûre que tout ça soit légal...enfin, depuis, j'ai pas vu débarquer les flics, ni même hadopi...c'est que ça doit pas être interdit...

      Mais ouais bordel! Mes clichés volent en éclat, en fait la Province c'est la campagne avec des agriculteurs alcoolos partout et des vieux supers accueillants.

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