13 sept. 2015

S'indigner et après?

Je ne voulais pas t'en parler parce qu'on en entend déjà parler tous les jours sans joindre les actes à la parole, que ce sujet n'est clairement pas un sujet léger à exposer sur un blog "famille", parce que moi-même je ne pense pas maîtriser ce sujet ni être apte à trouver une ébauche de solution. Je vais t'en parler quand même parce que tout le monde y va de son petit commentaire pourri et que les multiples réactions plus ou moins justes (surtout moins d'ailleurs) m'hérissent le poil.
Oh le sujet tu as dû le deviner: les migrants/réfugiés (barre la mention inutile).


Je ne maîtrise pas ce sujet, je ne sais pas exactement d'où ces personnes viennent ni où elles veulent aller. Je ne sais pas ce qu'elles ont subi ni ce qu'elles subissent encore durant leur périple. Je ne sais pas quelle réponse notre pays doit apporter à cette situation. La seule chose que je sais c'est que des hommes, femmes et enfants souffrent par-delà nos frontières. Que beaucoup meurent. Des milliers, tous les jours et depuis des années à cause de la faim, la soif, la torture, le manque de soins, le naufrage en pleine mer, la guerre...(raye la mention inutile).

Qu'il a fallu que des gens viennent mourrir près de chez nous -les salauds!- pour que beaucoup d'entre-nous découvrent ces drames qui auparavant se jouaient plus loin à Lampedusa, Bagdad, au Darfour, en Somalie...
Il aura fallu d'une seule photo pour que tout le monde verse sa petit larme sur les réseaux sociaux, devant la machine à café, au bureau de tabac le plus proche.

A priori, vu l'élan de solidarité intense des derniers temps il paraît probable que l'"on" fasse quelque chose pour aider les malheureux qui préfèrent tenter de vivre ici que de mourrir chez eux. Certains d'entre-nous se contentent de diffuser des photos atroces pour que "les autres" se rendent compte des atrocités qui se passent en ce moment même sur un autre continent, dans les cales de certains bateaux, sur les plages turques, dans les camps de réfugiés ici ou ailleurs... D'autres iront jusqu'à sortir leur chéquier pour faire un don pour soulager leur conscience et postuler pour le prix nobel de la paix. "MOI, j'ai fait quelque chose pour ces pauvres malheureux!". D'autres s'inquiètent tout à coup du sort des clochards nationaux à qui ils n'adressent même pas un regard en temps normal. Faudrait pas que des étrangers volent le pain de NOS clochards!

C'est beau ce réveil collectif. Cette volonté de "faire quelque chose". Mais combien de temps cela durera-t-il? Combien de drames humanitaires, de petits enfants malheureux avons-nous déjà pleuré et oublié? Quelle sera notre réaction, ta réaction si l'Etat choisit ton village/quartier pour y implanter des réfugiés? Si la France décide d'envoyer nos soldats buter ceux qui font fuir de leur maison tous ces réfugiés? Accepteras-tu de payer notre armée?
La dure et froide réalité est que le confort des autres s'arrête là où le notre commence. Les aider oui mais sans nous pénaliser nous (faut pas déconner). Puis faudrait pas que ces petits réfugiés tirent les classes de nos enfants vers le bas.

Aujourd'hui, tu gueules, tu pleures, tu t'insurges, tu retweetes mais que feras-tu demain? Comptes-tu vraiment faire quelque chose pour eux? Es-tu prêt à accueillir les plus menacés dans ton pays?

Pas si sûr. Le temps va faire son oeuvre et nous allons oublier ces malheureux qui fuient la mort comme nous avons oublier les autres. Nos médias se détournerons de ce sujet pour les marchés de Noël puis le business de la rose rouge mi-février...Puis une nouvelle crise humanitaire sera mise en une de nos journaux et provoquera probablement les mêmes réactions désemparées.

Ce billet je l'écris d'une traite. Comme une réaction à chaud à tout ce que j'ai pu lire ces dernières semaines: réactions xénophobes, photos larmoyantes ou trafiquées, révoltes de certains personnages publics...Toute cette hypocrisie d'un seul coup c'est trop pour moi! Aujourd'hui, tout le monde verse sa petite larme politiquement correcte mais demain, il se révoltera face aux solutions préconisées par nos dirigeants (que nous avons élus, je tiens à le rappeler pour les amnésiques chroniques). Si seulement tous ceux qui gueulent aujourd'hui pouvaient agir.

"Et toi, tu fais quoi?" Me direz-vous. Rien. Je pleure sans trop en faire, je continue de vivre ma vie, de dépenser mon fric futilement, de regarder mon fils grandir. Je ne brasse pas l'air en levant les bras au ciel. Je compte sur mon pays et ses alliés pour agir même si cela doit impacter mon petit confort. Je grave dans ma mémoire cette masse de gens, de familles désespérées, prêts à tous les sacrifices pour survivre, qui me font prendre conscience d'être née du bon côté.


8 commentaires:

  1. Le 1er tome de Hessel était s'indigner, le second était s'engager. Le monde est souvent horrible et parfois je me dis que c'était pas un cadeau qu'on a fait à notre fille.
    J'évite de regarder ou de me tenir au courant et j'ai envoyé un peu plus de sous à la Croix-Rouge que d'habitude, pour leurs missions habituelles et pour les conjoncturelles. C'est pas grand chose mais ça m'aide à dormir un peu de dire que j'ai participé à ma très mince hauteur...

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    1. Je ne disais pas qu'il fallait hypothéquer sa maison pour aider ceux dans le besoin. Je voudrais que ceux qui se lamentent à longueur de posts agissent plus et parlent moins.
      Le don est la première façon de tendre la main. C'est déjà bien! :-)

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  2. C'est intéressant cet article ! Moi non plus je n'aime pas l'indignation sans action. C'est pour ça que jusque maintenant je ne me suis indignée nulle part. Pour autant aujourd'hui en accompagnant Pierre a son premier jour d'adaptation en crèche (aaaaah) j'ai vu des affiches qui propose de créer des binômes avec des familles de réfugiés (ici en Allemagne il y en a déjà beaucoup) pour aider à leur intégration. J'ai noté les heures de rendez-vous et je me dis pourquoi pas...

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    1. Ça c'est de l'action! Même si ça n'aboutit pas tu auras fait une démarche, l'intention de faire est plus productive selon moi que les lamentations sur facebook....
      Et si ça devait aboutir, je compte sur toi pour nous raconter cette expèrience (même si ça n'aboutit pas en fait).

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  3. Décidément dimanche était le jour du coup de gueule contre les gens qui gueulent (cf. l'article que j'ai partagé sur Twitter et FB d'une autre blogueuse, dont l'avis rejoints assez le tien). Et je plussoie totalement, ça a vraiment le don de me gonfler ces indignations permanente, sur tout, tout le temps. Alors on s'indigne, on gueule, on manifeste, et pfuit tout retombe comme un soufflé..."Merde alors notre combat n'est plus à la mode... Hé les gars! La liberté d'expression c'est hasbeen, vire moi ce "Je suis Charlie" de ta page Facebook, maintenant on s'indigne des migrants! Ouaiiiiis!".
    Le kiff suprême en fait c'est d'avoir le pouvoir de gueuler, de s'outrer, s'insurger...et puis...plus rien. Et on recommencera demain.
    N'ayant pas la télé et ne traînant qu'assez peu sur les réseaux sociaux, je ne suit ces histoires que de très loin, que ce soit la dure réalité de ces pauvres gens, ou les commentaires déplacés ou consensuels de ceux qui regardent, et ça me va bien comme ça...
    Et je dois dire que je me reconnais dans ton dernier paragraphe, ben oui, moi je ne peux rien y faire, alors j'attends, j'accepte, j'acquiesce et je déplore, et je regarde ma vie, et elle est pas si mal.

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    1. C'est ça! Comme un soufflé!
      Pour l'instant je suis passive moi aussi mais je me vois bien aller distribuer des petits pots et des couches si des réfugiés arrivaient vers chez moi (d'ailleurs, une commune proche de chez moi vient d'annoncer laisser un logement de fonction vacant à la disposition d'une famille réfugiée, et je soutiens cette initiative).

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  4. Ne pas détourner son regard et dire bonjour, acheter des petits pots, du lait maternisé et des couches quand il y a des collectes dans le supermarché du coin, donner jouets et vêtements...
    Doit-on essayer de tendre un peu la main ou d'attirer la lumière sur soi en alimentant la polémique la plus "tendance"?

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    1. Ta dernière phrase est très juste! J'ai l'impression qu'effectivement pas mal de monde s'indigne parce que c'est la tendance du moment et qu'ils veulent être tendance. Voilà pourquoi les vagues d'indignation s'essoufflent, parce qu'elles sont faites de personnes pas franchement motivées pour faire bouger les choses.

      Sinon bienvenue ici ^^

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